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Lever l'anonymat en ligne : la fausse bonne idée

Pourquoi l'anonymat en ligne est une bonne chose et le lever serait une erreur

Hugo
Hugo26 août 2026 · 18 min

Je ne suis pas contre lever l'anonymat, parce qu'on est une société démocratique et que je pense que c'est une bonne discipline.

Voici ce que disait Macron récemment dans un discours à Arras en novembre 2025.

Mais, petit problème : l'anonymat sur Internet… est bien plus rare que ce qu'on croit. Alors de quoi on parle ?

Maintenant je vous spoil un peu, même quand on aura défini l’anonymat, l’expérience a déjà eu lieu, et elle s’est mal passée. En 2007 la Corée du Sud a interdit l’anonymat en ligne pour un résultat plus que contestable.

Bref, on va voir ce que "lever l'anonymat" veut vraiment dire dans la tête de nos politiques, si ça marche, et ce que ça nous coûterait. Et on va essayer de voir si on pourrait trouver d’autres solutions.

Pour ou contre ?

Alors d'un côté on va retrouver les défenseurs de l’anonymat qui y voient une garantie pour la liberté d’expression. Et de l’autre côté, et ceux qui considèrent que l’anonymat favorise les mauvais comportements en ligne et les bots.

Alors, c'est pas faux en un sens, les psychologues parlent d'effet de désinhibition puisque derrière un écran, loin de sa cible et quand on se sent difficilement identifiable, on ressent moins les conséquences de ce qu'on écrit.

Mais gardez ça en tête puisqu'on va voir si désinhibition et anonymat sont vraiment liés ou s'il y a autre chose.

En tout cas, peut-être que vous, vous ne vous êtes pas encore forgés une opinion sur le sujet. Et je peux le comprendre. Entre campagnes de désinformations à grande échelle sur les réseaux sociaux, harcèlement en ligne, promotion de contenus haineux d’un côté, ou projets de lois européens pour imposer une surveillance de masse des communications privées, voire l’imposition de la vérification d’identité pour accéder aux contenus numériques, on peut facilement se perdre sur le sujet.

Mais côté politique, on peut déjà voir plusieurs voix s’élever contre l'anonymat.
Ce qui a tendance déjà à me rendre suspicieux personnellement...

En 2023, le député Paul Midy voulait déjà associer chaque compte de réseau social à une identité numérique certifiée par un tiers agréé par l'État. L'amendement a été abandonné.

En juillet 2026, le Parlement a voté l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Et quelques jours plus tard, le député Patrick Hetzel a écrit :

Nous devons maintenant réussir à en finir avec l'anonymat sur les réseaux pour assurer la protection de tous.

Bref, la protection des mineurs c'était une première étape. Ce qui n'est pas vraiment une surprise...

Mais pour parler de ce sujet, et pour commencer, il faut régler un malentendu.

Vous n'êtes pas anonyme

Quand vous postez sous le pseudo “Kevin_du_94”, vous n'êtes pas anonyme.

L'anonymat, c'est quand personne ne peut savoir qui vous êtes, même pas la plateforme ou la police. Le pseudonymat, c'est quand le public ne sait pas qui vous êtes. Mais la plateforme sur laquelle vous publiez, elle, a votre adresse IP, votre email, souvent votre numéro de téléphone et d’autres infos personnelles vous concernant.

Et il se trouve que, en France, la loi obligé déjà les plateformes à conserver ces données depuis un décret de 2021 pour pouvoir les fournir à la justice si elle le demande.

Alors oui, on peut quand même s’approcher de l’anonymat : un email jetable, un VPN, Tor… Mais il suffit d'une erreur, une connexion sans VPN, un pseudo réutilisé, un détail sur sa vie et l'anonymat disparait. Conserver cette hygiène numérique sans aucune faille pendant des années est réservé une fraction de la population. Donc ce que la plupart des gens appellent anonymat, c'est en fait du pseudonymat.

En 2020 lors de l’affaire Mila. Une vague de cyberharcèlement avait eu lieu contre une jeune fille de 18 ans et 11 personnes ont été condamnés alors qu’ils se pensaient sans doute protégé par leurs pseudonymes. Ca n’est pas le cas.

Donc quand on parle de "lever l'anonymat", on ne parle pas de permettre à la police de retrouver les gens. Elle le peut déjà.

Non en réalité on parle d'autre chose, l’obligation à tout le monde de s'afficher sous son vrai nom, et/ou à donner sa pièce d'identité à chaque plateforme.

Maintenant vous pourriez me dire, mais alors, si on peut déjà retrouver les harceleurs, pourquoi le harcèlement continue ? Et pourquoi seulement 11 condamné dans le procès Mila ?

Parce que le problème c'est pas l'identification mais la capacité de traitement. Pharos, la plateforme de signalement du ministère de l'Intérieur, a reçu plus de 220 000 signalements en 2024, pour une équipe d'une cinquantaine de personnes. Et, je ne vous apprends rien, la justice est déjà plutôt saturée et elle ne peut pas traiter tout les cas de cyberharcèlement, d’autant plus quand on parle de milliers d’individus.

Retrouver quelqu'un, c'est possible. Le faire et juger chaque personne, c'est une autre histoire.
Enfin, ne vous en faites pas, la mauvaise remarque, à la mauvaise personne, et on saura vous retrouver très facilement... Selon que l’on soit puissant ou misérable, vous connaissez la suite.

Mais pour en revenir à ce que disait Macron :

On ne peut pas avoir l'anonymat et une absence totale de modération.

Oui, alors certes, mais qui a fixé le budget pour Pharos ?
Bon, et dans tout les cas, Pharos c'est juste pour le signalement. Est ce que j'ai vraiment envie de déléguer la modération à l'état. Ce sera quoi les critères pour déterminer, sans juge, ce qui est acceptable ou pas ? Et si c'est pas l'état, c'est qui ? Les plateformes, avec leurs propres règles et leurs propres intérêts ?

On va voir que lever l'anonymat non seulement ne répond pas à ces questions mais surtout, a d’autres conséquences négatives.

Mais est-ce que ça serait efficace de poster avec son vrai nom ?

Mais admettons quand même. Imaginons que demain, tout le monde poste sous son vrai nom. Est-ce qu'il y aurait moins de haine ?

Des chercheurs de l'université de Zurich ont analysé 532 000 commentaires, sur plus de 1 600 pétitions de la plateforme allemande openPetition.

Et le résultat, c’est que les commentateurs qui signaient de leur vrai nom étaient plus agressifs que les anonymes.

Une autre étude, publiée en 2020, a passé au crible 45 millions de commentaires du Huffington Post. Le site a changé trois fois de règle. D'abord des pseudos jetables. Puis des comptes vérifiés, avec un pseudo stable. Et enfin des commentaires via Facebook, donc sous vrai nom.

Les commentaires les plus argumentés, c'était pendant la période avec un pseudonyme stable. Et quand le site est passé au vrai nom, la qualité a baissé.

Mais, et l'effet de désinhibition dont je vous parlais tout à l'heure ? Il existe, ça c'est assez solide scientifiquement. Une revue de 2024 a compilé 15 études sur le cyberharcèlement chez les adolescents. Plus un ado se sent désinhibé en ligne, plus il a de chances de harceler.

Mais l'anonymat n'est pas le principal ingrédient pour la désinhibition. Le vrai ingrédient, c'est le fait de ne pas être vu, le fait de ne pas échanger en direct, de ne pas ressentir la réaction de l'autre, d'être décorrélé de la douleur de l'autre.

Autrement dit, ce qui désinhibe, c'est moins l'absence de nom que l'absence de face-à-face.

En même temps, regardez Facebook : le vrai nom y est obligatoire depuis toujours. Est-ce que vraiment, c'est les pays des bisounours et de l'acceptation de l'autre ? Ca se discute…

Maintenant si vous voulez une expérimentation encore plus significative, il y a eu la Corée du Sud.

En 2007, la Corée a imposé le nom réel sur tous les sites de plus de 100 000 visiteurs par jour. C’est à dire que pour commenter, il fallait s'identifier avec son numéro national d'identité.

Oui, toute ressemblance avec des propositions de lois récentes seraient pure coincidence… Ou pas.

Résultat, un an plus tard : les commentaires malveillants sont passé de 13,9 % à environ 13 %. Moins d'un point de baisse et il est difficile d'attribuer cette baisse à cette mesure.

Mais surtout, les sites ont dû stocker les numéros d'identité de dizaines de millions de personnes. Et en juillet 2011, un piratage a fait fuiter les données d'environ 35 millions de comptes, ce qui représente quasiment toute la population connectée du pays.

Donc en août 2012, la Cour constitutionnelle a annulé la loi, à l'unanimité parce que les risques dépassaient les bénéfices.

Mais pour rappel, en réalité l’anonymat, c’est pas un permis d’insulter les gens en ligne. Il y a de nombreux bénéfices dont il faut qu'on parle.

À quoi sert vraiment l'anonymat

On n'est pas la même personne partout

Vous ne parlez pas de la même façon à votre patron, à votre médecin, à vos amis et à votre famille.

Ce n'est pas de l'hypocrisie. C'est normal. Chaque contexte a ses règles. Je n'ai pas la même façon de m'exprimer dans tout les cercles que je fréquente. Et je parle pas des mêmes sujets.

Bon ça peut être parce que c'est ennuyant pour mes interlocuteurs, je me vois pas parler de mon travail à ma grand mère. Ca peut être gênant aussi, je ne parle pas des mes soucis de santé à mon employeur.

Enfin, j'ai pas d'employeur, mais vous avez l'idée.

En ligne c'est pareil, chaque pseudonyme correspond à un contexte différent.

Vous pouvez poser une question sur une maladie sur un forum santé sans que votre employeur le sache. Parler de votre dépression sans que ça remonte dans un recrutement. Militer dans une association sans que ça finisse dans votre dossier.

Parce qu’on sait maintenant depuis des années que Internet a changé les règles. Non seulement vos messages restent en ligne, pendant des décennies, mais surtout, sans ils peuvent être reliés entre eux.

Et le jour où tout est relié à votre vrai nom, tous vos contextes fusionnent. Votre vie associative, vos convictions politiques, vos déboires sentimentales. Tout le monde peut tout savoir.

Un espace pour les victimes

Or il faut bien comprendre, l'anonymat, on le présente souvent comme l'arme des harceleurs. Mais c'est aussi le bouclier des victimes.

Une femme qui fuit un conjoint violent et qui ne veut pas être retrouvée.

Un ado LGBT qui n'a pas fait son coming out et qui cherche du soutien.

Une victime d'inceste qui témoigne pour la première fois.

Un opposant politique dans un pays où les libertés individuelles sont limitées.

Pour ces personnes, le vrai nom obligatoire sur les plateformes, c'est un danger.

La dissymétrie

Et puis il y a aussi une question de rapport de force.

Quand un salarié critique son entreprise, quand un fonctionnaire dénonce un dysfonctionnement, quand un citoyen s'oppose à un élu local, ils ne sont pas à armes égales.

En face, il y a un employeur, une hiérarchie, un pouvoir. Les puissants, eux, ont déjà une voix, de l'argent, des avocats, des services de communication.

L'anonymat rééquilibre ce rapport. C'est pour ça que les lanceurs d'alerte et les sources des journalistes en ont besoin. Mais vous aussi, vous en avez besoin. Parce que vous aussi vous avez besoin de vous exprimer sans crainte de représailles ou tout simplement sans crainte qu'on établisse un profil complet de qui vous êtes, et comment vous atteindre.

Le risque politique

Quand je parle de représailles, il y a le point le plus important.

Macron dit : « on est une société démocratique ». C'est vrai...
Aujourd'hui.
Même si déjà il y a des éléments dont on peut débattre.

Mais une base de données qui relie chaque opinion exprimée en ligne à une identité, elle ne disparaît pas quand le gouvernement change.

Elle est là pour le suivant. Quel qu'il soit.

C'est justement parce qu'on est en démocratie qu'il faut éviter de construire les outils dont rêverait un régime qui ne l'est pas.

L'histoire de la liberté d'expression est pleine de pseudonymes. Voltaire, c'est un pseudonyme. Molière aussi. Les textes fondateurs de la Constitution américaine, les Federalist Papers, ont été publiés sous le nom de « Publius ».

Ces gens ne se cachaient pas pour insulter. Ils se cachaient parce que s'exprimer avait un prix.

En 1995, la Cour suprême américaine a jugé le cas d'une femme pour avoir distribué des tracts non signés contre un impôt local. Elle a gagné. Et le juge Stevens a résumé l'idée en une phrase :

L'anonymat est un bouclier contre la tyrannie de la majorité.

C'est ça, le vrai effet du nom obligatoire. Il ne fait pas taire les haters, on l'a vu. Il fait taire ceux qui pensent autrement et qui ont quelque chose à perdre. Leur emploi, leur famille, leur tranquillité.
C’est aussi pour ça que les commentaires étaient moins intéressants avec les vrais noms, l’auto censure.
On parle aussi d'effet panoptique. Le panoptique, c'est une prison imaginée au XVIIIe siècle par le philosophe Jeremy Bentham. Une tour au centre, les cellules tout autour. Depuis sa cellule, le prisonnier ne voit jamais s'il y a un gardien dans la tour. Alors il fait comme s'il y en avait toujours un. Au bout d'un moment, plus besoin de le surveiller : il se surveille tout seul. Avec le nom obligatoire, c'est pareil. Personne n'a besoin de vous punir, vous vous censurez avant même d'écrire.

D'ailleurs si on considère le vote comme un des fondamentaux de la démocratie, on peut aller jusqu'à dire que l'anonymat est une des bases de la démocratie.

Et ce n'est pas pour rien que en 2015, le rapporteur spécial de l'ONU sur la liberté d'expression concluait que le chiffrement et l'anonymat méritaient une protection forte.

Et les données fuient

Et j'oubliais mais, dernier point : toute base d'identité finit par fuiter.

En juillet 2025, au Royaume-Uni, la loi a imposé de vérifier l'âge pour accéder à certains contenus.

En octobre 2025, Discord annonce qu'un de ses prestataires a été piraté. Environ 70 000 photos de pièces d'identité se sont retrouvé dans la nature. Ces photos avaient été envoyées par des utilisateurs qui contestaient une vérification d'âge.

Même chose quelques mois plus tôt avec l'app Tea, une application censée protéger les femmes. 72 000 images fuitent, dont 13 000 selfies et photos de pièces d'identité prises pour vérifier les comptes.

Et pendant le même temps, au Royaume-Uni, le jour même de l'entrée en vigueur de la loi, les inscriptions à Proton VPN ont bondi de 1 400 %.

Et les bots ?

Reste l'argument des bots et de la désinformation. Et il est sérieux : les campagnes d'ingérence existent.

En France, le service Viginum en a documenté plusieurs. Doppelgänger, en 2023, qui clonait des sites comme Le Monde ou Le Figaro. Ou Storm-1516 : 77 opérations russes recensées en 18 mois.

Mais contre les bots, il y a déjà d'autres leviers : la détection des comportements coordonnés, la transparence des algorithmes, le règlement européen sur les services numériques (DSA). Connaitre l'identité de chacun n'est pas le bon outil.
Encore une fois, le pseudonymat, ce n'est pas l'anonymat. Déjà parce qu'on peut savoir qui se cache derrière au besoin. Mais aussi parce qu'un pseudo qu'on garde des années, il a un historique, une réputation. Un compte de bot, lui, a souvent été créé la semaine dernière, en même temps que cinquante autres, et il n'a aucun passé et des comportements détectables, en volume, en fréquence, en horaires. C'est ça qui le trahit, pas l'absence de nom de famille.

Et puis, si les réseaux sociaux n'amplifiaient pas les contenus toxiques pour créer des chambres d'échos, s'ils investissaient dans la modération et ne rémunéraient pas les gens qui font le plus de buzz, on aurait déjà une partie de la réponse en place. Mais ça, nous sommes tous responsables des réseaux qu’on choisit d’utiliser.

Prouver sans révéler

Bon. Alors on ne fait rien ?

Non. Parce qu'il y a des cas où vérifier quelque chose a du sens. L'âge, par exemple, pour les sites pornos ou certains réseaux sociaux. Mais la méthode actuelle n'est pas forcément la bonne.

Pour rappel, la loi qui interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, votée le 21 juillet 2026, a été censurée par le Conseil constitutionnel le 14 août.

Une des raisons ? Pour savoir qui a moins de 15 ans, il faut vérifier l'âge de tout le monde.

toute personne, même majeure, doit faire la preuve de son âge avant d'y accéder

Et le législateur n'avait prévu aucune garantie pour la vie privée.

Autrement dit : vérifier l'âge des mineurs, ça impliquait de contrôler l'identité de tous les adultes. Le gouvernement doit revenir avec un nouveau texte qui doit répondre à la question : comment vérifier sans ficher ?

La bonne nouvelle, c'est qu'il y a une solution qui permet de ne pas envoyer l'info complète. Personne ne sait votre age exact et personne ne sait qui vous a demandé l'info : la preuve à divulgation nulle de connaissance, zero-knowledge proof en anglais.

Un tiers de confiance, par exemple l'État, vous donne une attestation numérique. Le site reçoit seulement une preuve mathématique chiffré : « cette personne a plus de 18 ans ». Le site n'a que cette preuve mathématique, pas de nom, pas de photos, rien. Et le tiers de confiance n'est pas impliqué donc ne connait pas les sites qui vous ont demandé cette information.

Au niveau européen, c'est l'EUDI Wallet, le portefeuille d'identité numérique, qui doit intégrer ce type de preuve. Chaque pays de l'Union doit en proposer un d'ici fin 2026. Et depuis juillet 2025, une application européenne de vérification d'âge est testée dans cinq pays : la France, l'Espagne, l'Italie, la Grèce et le Danemark.

Attention, ce n'est pas magique. Il faut que l'implémentation soit sérieuse, auditée, et que personne ne garde de journal de qui a demandé quoi.

Mais la solution technique pour préserver le pseudonymat tout en donnant quelques garanties existe.

Ce que deviendrait notre double numérique

Alors, faut-il lever l'anonymat ?

Le vrai anonymat en ligne est rare, et il demande des efforts que la plupart des gens ne peuvent pas ou ne savent pas produire. Dans l'immense majorité des cas, on parle de pseudonymat, et la police peut déjà retrouver les gens

L'usage du nom ne rendra pas les gens bienveillants. Il fera surtout taire ceux qui ont le plus à perdre.

L'anonymat protège des victimes, des minorités, des lanceurs d'alerte, la liberté d'expression dans son ensemble et notre capacité à séparer nos vies.

Et on pourrait vérifier ce qui doit l'être sans ficher tout le monde. Parce que vous ne voulez pas d’un dossier unique en ligne vous concernant.

Aujourd'hui, vous avez plein de petites identités numériques. Un pseudo sur un forum, un compte pro sur LinkedIn, un vieux blog oublié. Des morceaux de vous, éparpillés façon puzzle numérique.

Lever l'anonymat, c'est relier tous ces morceaux à une seule identité. La vraie. Celle de votre carte d'identité.

Mais vous n'avez pas envie de ça. Même si vous pensez n'avoir rien à cacher.

Cette identité numérique elle accumule tout. Chaque commentaire, chaque like, chaque recherche, chaque groupe rejoint. Ca inclus votre vie d'avant, quand vous étiez jeunes et pas très malins parfois. Je peux vous garantir que j'ai participé à un journal étudiant il y a quelques années, je suis content qu'il n'en existe aucune trace.

Or le numérique, ne s'efface pas. Ce que vous avez écrit à 16 ans vous suit à 40. On peut changer d'avis, changer de vie. Votre double numérique, lui, ne change pas.

Et même si vous l'assumiez, disons que vous n'avez pas forcément envie de tout mélanger. Un recruteur, un assureur, une banque, un algorithme qui vont tous prendre des décisions sur vous à partir de ce profil, sans que vous sachiez lequel, ça devrais vous inquiéter. Oui je joue aux jeux vidéos et je regarde des animes, est-ce que cette info doit intervenir dans la décision pour une obtention de prêt ou pour un recrutement ?

La société peut changer aussi. Peut-être que votre religion, ou ce que vous mangez deviendra illégal demain parce que des personnes mal intentionnés auront pris le pouvoir. Donc ce que vous assumiez à 16 ans, peut devenir un poids.

Au delà de ça, si chaque service exige votre identité vérifiée, perdre votre compte, vous faire bannir ou vous faire voler votre identité, deviendrait synonyme d'exclusion de la société.

Bref, la question n'est pas juste l'anonymat ou non.

Voulons-nous être représentés en permanence par un dossier unique, complet et indélébile ?

Un dossier qui parle pour nous. Qui se souvient de tout. Et dont nous ne contrôlons ni les lecteurs, ni l'usage, ni l'avenir.

Aujourd'hui, entre deux solutions imparfaites, je choisis celle qui protège les individus. Un Internet un peu plus désordonné, plus fragmenté, plutôt qu'un Internet où chacun est entièrement lisible.

Et vous, qu'est-ce que vous seriez prêt à laisser votre identité numérique dire de vous ?

Ca tombe bien, vous pouvez utiliser un pseudo pour répondre en commentaires.

Hugo

Écrit par

Hugo

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