atproto · souveraineté · 7 min de lecture

Réseaux sociaux : et si nous avions la solution pour échapper aux géants américains ?

Et si la réponse aux monopoles de la Tech n'était pas une nouvelle application, mais une nouvelle manière de concevoir le Web ?

Hugo
Hugo10 août 2026 · 7 min

Quand on regarde les sujets autour de la privacy ou de la souveraineté, un problème ressort régulièrement : les réseaux sociaux.

Et ce sujet des réseaux est particulièrement sensible. Parce que s’ils sont souvent vus comme des simples outils de loisirs sur lesquels on poste des photos de chat, ce sont en réalité de véritables autoroutes de l’information. Les médias, les politiques, le sport, la culture, le lien social et familial, les liens amoureux tout passe par les réseaux.

Mais comme vous devriez le savoir, l’information, c’est le pouvoir.

Que se passe-t-il quand une poignée d’industriels contrôle ces réseaux ? Lorsqu’elles peuvent collecter et analyser une quantité considérable d’informations sur nous, décider de ce que nous voyons ou de ce que nous ne voyons pas, en fonction de leurs propres intérêts ?

Bref, on aurait bien tort de ne pas les prendre au sérieux et c’est un enjeu, notamment en Europe en cette période où nous parlons régulièrement de souveraineté.

Mais c’est difficile de créer des réseaux sociaux. Ca coûte cher d’une part. Peu d’investisseurs en Europe sont prêts à financer le nouveau LinkedIn, le nouveau twitter ou le nouveau Youtube. Et surtout, pour espérer le succès, il faut réussir à vous convaincre, mais aussi à convaincre vos amis, votre famille, vos collègues parce que sinon, ça n’a aucun intérêt, c’est ce qu’on appelle l’effet réseau : la valeur du produit est proportionnelle au nombre d’utilisateurs qui l’utilise, ce qui rend quasi impossible l’arrivée de nouveaux acteurs.

Et pourtant, il existe aujourd’hui une autre voie.

Et si, plutôt que de chercher à construire le prochain Twitter, on changeait complètement la manière dont fonctionnent les réseaux sociaux ?

Et si l’on revenait, d’une certaine manière, aux origines du Web : un Web plus ouvert et plus décentralisé, où l’on pourrait choisir son fournisseur sans pour autant perdre l’accès au reste du réseau ?

Bref, laissez moi vous présenter un protocole qui pourrait nous aider à redéfinir nos réseaux sociaux et à créer des opportunités, notamment en Europe : ATProto.

Bluesky n’est pas ATProto

Vous connaissez peut-être Bluesky ?

Bluesky est un nouveau Twitter avec environ 43 Millions d’utilisateurs. Si son succès reste modeste par rapport à son ainé, sa croissance, elle, est plutôt dynamique depuis 4 ans et varie en fonction des vagues de départ régulières de X. Merci Elon…

Mais vous allez me dire, Bluesky n’est qu’une autre société américaine, donc un autre monopole en devenir. Oui, certes, mais il faut regarder sous le capot.

Bluesky repose sur un protocole : AT Protocol. C’est ce protocole qui définit les données qui sont présentes sur le réseau, comment on les stocke, comment on les visualise, comment on peut les modérer (les labelliser), bref, comment le réseau fonctionne.

Plus précisément, ça veut dire que Bluesky n’est pas obligé de posséder vos données pour les afficher. Sur Twitter, Substack ou Medium, les données sont possédées par ces sociétés et peuvent être filtrées, modifiées, ou monétisées sans votre accord.

Ici c’est différent, vos données sont hébergées sur un PDS (Personal Data Servers), et ce PDS n’appartient pas forcément à Bluesky. Par exemple, mes données sont hébergées par Eurosky, un PDS Européen.

Et je voudrais qu’on s’arrête un instant sur la page d’accueil de Eurosky :

Page d'accueil de Eurosky
Page d'accueil de Eurosky

Eurosky est également derrière mu.social, une alternative au client Bluesky et mu, est la première préfigurant des milliers d’autres apps sociales.

Parce que oui, le protocole ATProto est tellement ouvert que chaque pièce du puzzle peut être remplacé, ou étendu. Et c’est là qu’on peut commencer à s’amuser.

Tout le monde peut construire par dessus. On peut définir nos données, donc on peut construire des alternatives à Instagram (flashes, grain), à Pinterest (current.is), à Substack et Medium (Leaflet, Writizzy), à Tiktok (Spark, Skylight), à InoReader (Gleen), ou même à Github (Tangled), tout ça en partant de la même architecture, mais surtout, en profitant déjà d’une base utilisateur de 45 Millions de personnes.

L’effet réseau est déjà là.

Bluesky n’est pas ATProto, c’est une pièce d’un écosystème beaucoup plus grand : l’atmosphere.

atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atsmophère moi ?!
atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atsmophère moi ?!

Les lexicons

Par défaut, les données présentes sur ATProto sont faites pour afficher des messages courts. C’est le fameux message bluesky que vous connaissez déjà : un message, un auteur, un nombre de likes etc…

Mais vous ne pouvez pas poster des messages longs et puis de toute façon c’est pas vraiment fait pour lire des articles de blogs, des vidéos, ou du code source.

Mais on peut étendre tout ça via les lexicons. Un lexicon c’est un lexique, un schéma de données, c’est grosso modo l’ensemble du vocabulaire sur un enregistrement du réseau, et que certaines applications vont utiliser.

Par exemple le lexicon d’un post bluesky est défini par app.bsky.feed.post et on va retrouver des champs comme text, createdAt, langs, embed (quand il y a une image) etc…

Mais n’importe qui peut définir un nouveau lexicon. Evidemment ce ne sera pas lu par toutes les applications. Bluesky ne lira pas votre lexicon mais votre application pourra le faire.

Et justement il y a pas longtemps je suis tombé sur un lexicon qui m’a particulièrement intéressé pour les plateformes de blogs : standard.site.

L’initiative vient de trois plateformes qui se sont associées : Leaflet, pckt.blog and Offprint et qui ont proposé ce nouveau format pour les publications longues.

Ce format a tellement plu qu’il est désormais disponible via un plugin dans l’écosystème Wordpress, pour les générateurs de blogs statiques via Sequoia, et désormais, il devient central également dans Writizzy, le produit que je construis et qui fait tourner ce blog (et sans doute bientôt aussi Bloggrify que je maintiens également).

Cette intégration permet donc d’avoir une compréhension native de votre publication Writizzy dans bluesky/muSocial. Vous noterez le lien “view publication” qui n’apparait pas normalement pour un simple lien de base.

intégration bluesky / mu.social
intégration bluesky / mu.social

Mais surtout, cela permet à tous les posts publiées sur Writizzy d’être visible dans l’ensemble des readers qui scannent l’atmosphere pour lire des articles de blogs : standard-reader, Heron, potatonet, docs.surf, leaflet etc… Bref, en une étape, Writizzy devient membre de l’atmosphère et peut exposer un nouvel article à des millions d’utilisateurs.

Et cet exemple nous montre qu’on peut désormais créer des nouvelles apps, avec leur vocabulaire, sur les PDS existants et en profitant d’un réseau déjà établi.

Le retour d’un web ouvert et décentralisé

Au delà de cet exemple précis, ATProto offre de nombreuses opportunités de revenir à un web plus décentralisé et à votre contrôle. Vous pourriez, par exemple, avoir votre propre PDS (serveur de données personnel) qui participe au réseau AT Proto.

Et vous pouvez aller encore plus loin. Tout le protocole prévoit que chaque fonctionnalité est composable et ça inclut la modération, ou les feeds. Ce n’est pas Bluesky qui vous les impose. Encore une fois, Bluesky fournit un service, mais ce n’est pas ATProto.

Si vous voulez utiliser un autre labelliseur (un outil qui permet de faire de la modération), ou si vous voulez créer votre propre feed avec vos thématiques, vous pouvez. Je pourrais créer dans le futur un feed de l’ensemble des blogs tech Writizzy par exemple.

Bref vous pouvez reprendre le contrôle sur vos données, les algorithmes qui vous poussent du contenu et la modération associée.

Mais plus que ça, c’est des opportunités gigantesques pour reconstruire tout les réseaux sociaux qui nous manquent en Europe : Linkedin, Youtube, Tiktok, Instagram pour ne citer qu’eux.

En espérant qu’effectivement, mu.social ne soit que la première parmi des milliers.

Ce web ouvert et composable ne se fera pas tout seul, et il ne viendra pas de la Silicon Valley. Aujourd'hui, l'infrastructure est prête, le réseau d'utilisateurs existe et les briques fondamentales sont posées. À nous, développeurs, créateurs et entrepreneurs européens, de nous saisir d'ATProto pour bâtir les plateformes de demain, sur nos propres règles.

PS : ah oui, et si vous commentez en dessous du post sur bluesky/mu.social, le fil devrait remonter en commentaire sur le blog (au bug près :))

Hugo

Écrit par

Hugo

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