Il n'y a pas de compromis

Il n'y a pas de compromis

Also available in en

January 18, 2024

6 min read

Hugo Lassiège
@hugolassiege

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous.

La bonne, c'est que vos pratiques, votre expérience, votre culture, elles ont déjà fait leurs preuves et elles fonctionnent quelque part.

La mauvaise, c'est que vos pratiques, votre expérience, votre culture, elles ont déjà échoué quelque part et ne seront peut-être jamais adoptées dans votre entreprise actuelle.

Oui, ok, c'est bizarre dit comme ça. Je m'explique.

Un vocabulaire commun, mais avec des définitions différentes

Au fil du temps, j'ai rencontré des centaines (milliers ?) de personnes à travers un grand nombre d'entreprises.

Et si certaines de ces entreprises vous paraissent très similaires dans leurs approches, c'est en réalité assez trompeur.

Alors oui, dans l'ensemble, la culture de ces boîtes a des éléments en commun. On utilise par exemple le même vocabulaire n'est-ce pas ?

Product Manager, CTO, VP, Staff, Tribes, Discovery, Delivery, Squads, Feature teams etc...

Cependant, si on regarde dans le détail, on se rend assez rapidement compte que la plupart de ces mots ont une signification différente selon les organisations.

Les définitions déjà, elles sont temporelles.

Par exemple, les définitions de Tribe chez Spotify en 2012 et aujourd'hui sont différentes.

La définition de "feature teams" a évolué avec la notion d'"Impact team" introduite plus tard par Marty Cagan.

Elles sont également contextuelles. Un Staff n'a pas les mêmes responsabilités dans une entreprise de 100 personnes et une autre de 10 000.

Elles ont pu être créées pour coller à une organisation existante et faire un peu de peinture. Qui n'a pas vu de Product Owner devenir subitement des Product Managers, sans aucun changement dans la définition du rôle ?

Sans parler que certains Product Owners ou Scrum Masters étaient déjà le résultat d'une certaine forme d'Agile washing d'anciens chefs de projets.

Des curseurs sur les pratiques très divers

Si le vocabulaire change, c'est bien souvent aussi parce que les cultures changent.

Vous avez sans doute déjà entendu

  • telle entreprise a une très forte culture de l'écrit.
  • telle entreprise est full remote.
  • telle entreprise a un grand leader qui décide de tout.

etc...

La culture implique la façon dont une famille de problèmes sera résolu.

La boite A aura une approche différente de la boite B pour résoudre le même problème, que ce soit sur la collaboration entre équipes, l'alignement sur les feuilles de route, les politiques de rémunération etc.

Et vous savez quoi ? C'est pas grave. Toutes ces boîtes peuvent potentiellement réussir.

Il n'y a pas de silver bullet. (*)

Warning

(*) attention, c'est pas un appel au "rien n'est utile" comme je peux le voir bien souvent. Il y a des bonnes pratiques. Mais il n'y a pas une recette magique qui fait que ça marche à tous les coups, dans tous les contextes. Pour autant il y a des pratiques qui foirent à tous les coups...

Je vous donne une petite anecdote. Nous avons reçu un candidat, appelons le Phileas pour l'occasion, pour un poste d'Engineering Manager.

Pendant l'entretien, Phileas a très vite compris que nous étions incompatibles. Il avait une vision très command and control.

Phileas avait vécu des années dans un contexte où cette culture command and control était encouragée. Et elle fonctionnait. Il ne lui était pas concevable qu'une autre approche puisse être efficace.

Il a quitté l'entretien en nous disant que notre approche était immature dans l'industrie et que nous avions un syndrome de Peter Pan (véridique !), qu'il fallait grandir et qu'il pouvait nous aider.

Nous avions répondu que c'était possible, mais que nous allions continuer à rechercher notre fée Clochette.

A ce stade de l'histoire, peut-être que certains me diront : "mais c'est bien d'avoir de la diversité dans son équipe pour confronter les approches"

Hum. Permettez-moi de ne pas être d'accord.

Diversité versus cohérence

La diversité, c'est effectivement bénéfique. C'est une richesse pour la résolution de problèmes, qui peut favoriser la créativité.

Au-delà de la construction du produit, c'est juste humainement enrichissant, en tout cas pour moi, de ne pas travailler qu'avec des clones.

Mais cette diversité à des limites. Ça doit rester cohérent avec la culture de l'entreprise. On parle parfois de culture fit, quand on recrute.

Je caricature, mais c'est compliqué d'embaucher un ex-trader de Wall Street qui cherche à faire du profit pour gérer une ONG par exemple.

De même que pour nous, cela nous a paru compliqué d'embaucher un manager très command and control dans une entreprise qui prône l'autonomie et l'innovation.

Et vous dans tout ça ?

Eh bien, on revient à ma bonne et ma mauvaise nouvelle.

La bonne, c'est que vos pratiques, votre expérience, votre culture, elles ont déjà fait leurs preuves et elles fonctionnent quelque part.

La mauvaise, c'est que vos pratiques, votre expérience, votre culture, elles ont déjà échoué quelque part et ne seront peut-être jamais adoptées dans votre entreprise actuelle.

Toute la question pour vous est d'identifier la culture de votre entreprise.

Si votre culture est différente, il va falloir réussir à s'adapter. Ce n'est pas à l'entreprise de s'adapter. Le bon compromis n'existe pas.

Et je vous donne une astuce, si la culture que vous observez vous semble étrange et que vous vous dites, comme Phileas, que ce n'est pas concevable que ça marche, réfléchissez-y bien à deux fois. Vous ne voulez pas être Phileas.

Prenons un exemple, si l'entreprise a une culture full remote mais que vous, vous êtes attachés au présentiel, à la prise de décision qui ne se fait qu'avec les gens dans une même salle.

Il n'y a pas de compromis possible.

Et j'irais même plus loin, une entreprise doit garder sa cohérence pour être efficace.

Une boite full remote a adapté tout son fonctionnement pour ça et lui doit une partie de son succès, pensez à Buffer ou 37 signals par exemple.

De la même façon qu'une boite très fortement attachée au présentiel a adapté tout son fonctionnement également et lui doit aussi son succès, comme Apple par exemple.

Dès qu'une entreprise fait de nombreux compromis pour plaire à tout le monde, elle devient moins efficace.

Dès qu'une entreprise fait de nombreux compromis pour plaire à tout le monde, elle finit par ne plus plaire à personne.

Mais finalement, c'est peut-être deux bonnes nouvelles.

Vous pouvez trouver une entreprise qui vous conviendra parfaitement.

Ou bien vous avez encore plein d'opportunités pour apprendre de nouvelles façons de travailler dans de nombreuses boîtes que vous ne connaissez pas.


Did you like this blog post?
Buy Me A Coffee