On ne doit pas opposer écologie et souveraineté
Est-ce cohérent d'opposer souveraineté et écologie ou bien rejouons nous la bataille contre le nucléaire des années 2000 ?

En France comme partout en Europe, les projets d'implantation de datacenters se heurtent à une opposition croissante. Mobilisations locales, recours juridiques, discours politiques anti numérique, anti IA, anti centre de données.
Mais cette opposition me rappelle un mauvais souvenir : la bataille contre le nucléaire des décennies précédentes. En voulant sortir de l'atome, une partie de l'écologie politique a précipité l'Europe dans la dépendance aux énergies fossiles et au gaz russe. Et j’ai bien peur qu’avec les datacenters et l'IA, nous soyons en train de commettre exactement la même erreur stratégique.
Entendons-nous bien, la question centrale de la consommation énergétique est cruciale. Nous devons baisser nos consommations, nos usages. Mais refuser ces infrastructures chez nous n'annulera pas le besoin en calcul : cela ne fera que le déplacer là où l'énergie est carbonée et où les normes environnementales sont inexistantes. Opposer souveraineté numérique et transition écologique est un contresens. Vouloir un avenir vert sans maîtriser les tuyaux du monde numérique, c'est choisir l'impuissance.
Une consommation numérique en hausse
Une partie des oppositions aux installations de datacenters reposent sur un élément : nous devons cesser d’accroitre la pression sur les ressources planétaires et le numérique, en croissance, est le parfait mauvais élève et le plus facile à détester.
Facile à détester car il représente symboliquement, pour beaucoup, l’addiction aux écrans, l’automatisation et les pertes d’emplois, le technofascisme de Thiel et Musk. Même si, comme tout symbole, c’est surtout une simplification à outrance qui oublie de mesurer les autres côtés positifs de la balance.
Sur le domaine écologique, on ne peut qu’être d’accord sur le fond. Notre planète est à bout de souffle et nous devons baisser notre consommation. Or les usages du numérique explosent dans un monde où chaque secteur devrait viser l’inverse. Sa part dans l’empreinte carbone de la France est passé de 2.5 a 4.4% en quelques années en France. Cette croissance est globalement identique à l’échelle mondiale et les projections tendancielles prévoient encore une augmentation.
Est-ce que nous pouvons nous le permettre ? Certainement pas.
Mais est-ce que “le numérique” est un tout homogène ? Pas si sûr, comme on peut le comprendre sur cette étude de l’AIE (agence internationale de l’énergie).
- Le numérique et notamment l’IA ont des impacts positifs quand il s’agit de travailler sur l’optimisation des systèmes énergétiques, l’optimisation du pilotage des énergies renouvelables, les modèles météos, la médecine
- mais le numérique et l’IA c’est également malheureusement des accélérateurs pour l’industrie des énergies fossiles qui permet une meilleure exploitation des gisements actuels ou la découverte de nouveaux
Et ce qui n’est pas dans cette étude de l’IEA c’est aussi la pression environnementale liée à l’industrie de l’IA sur la consommation de ressources minières pour créer des équipements de plus en plus puissants, des datacenters de plus en plus gourmands.
On pourrait aussi citer la tendance aux US à faire construire de nouvelles centrales à gaz pour alimenter les datacenters.
Evidemment pour ces raisons là, je ne peux que donner raison aux oppositions d’implantation de datacenters. Mais s’opposer sans nuances c’est aussi oublier les impacts positifs du numériques, IA inclus, qui est aujourd’hui nécessaire pour optimiser nos flux logistiques et énergétiques dans un monde à 10 Milliards d’habitants.
Et également, cette opposition en Europe me paraît oublier un détail important comme le dit Charles Gorintin sur Linkedin :
Refuser un data center en France ne supprime aucune requête. Elle sera servie ailleurs, sur un réseau au gaz ou au charbon, avec un manque à gagner économique pour nous. Chaque gigawatt que nous ne construisons pas ici se construit là où l'électricité est plus sale.
Je vais même aller plus loin, opposer souveraineté et écologie est contre productif.
Souveraineté vs Écologie : le faux dilemme
J’entends, l’écologie devrait primer devant l’économie. Evidemment. Parce que oui, avoir un portefeuille boursier en hausse dans un monde en flamme n’a pas trop de sens, ce que nous dit en substance Mathilde Saliou :
faire un petit effort pour sortir des raisonnements économiques auxquels nous sommes toutes et tous les plus habitués. Faire un pas de côté pour s’extraire du réflexe de la compétition directe avec les États-Unis et la Chine. S’il s’agit de reproduire leur modèle, de toute manière, c’est perdu d’avance. Et puis quel est ce masochisme, qui consiste à tenter de « rattraper » des pays qui ne sont des exemples ni en termes démocratiques, ni en termes environnementaux ?
J’ai cependant une autre lecture à cela : Ne pas adresser les sujets de souveraineté c'est s'exposer à ne pas être maitre de nos choix sur l'écologie.
Si tu n'as pas tes propres champions, tes propres infrastructures et un marché fort, tu subis les standards des autres. Les Américains privilégieront la rentabilité et l'hyper-consommation, tandis que la Chine arbitrera selon ses seuls intérêts stratégiques.
Quand je parle de subir je vais clarifier mon point.
Notre dépendance numérique est une immense faille dans le modèle Européen. Nous sommes dépendant à plus de 70% des produits numériques US en Europe. Nos données sont aux US et nous payons une taxe numérique constante de notre économie qui part là bas.
Cette faille n’est pas juste économique. C’est une épée de Damocles qui pèse sur nos institutions politiques. C’est par exemple :
- des attaques directes sur la Cour pénale internationale pour leur couper les accès aux logiciels américains
- des manipulations massives sur les réseaux sociaux pour orienter les choix des électeurs
Non, on ne se bat pas juste pour avoir quelques euros en plus. La souveraineté c’est s’assurer que nous restons maitre de nos choix. C’est s’assurer qu’on peut encore dire non quand l’administration américaine cherche à nous imposer les abandons des politiques de diversité en entreprise, ou quand elle cherche à influencer des juges français sur des procès, comme celui du RN (même si on est assez fort pour se saborder nous mêmes sur le sujet…).
Le pouvoir économique assure l’indépendance et assure qu’on puisse être écouté quand on parle d’écologie, ou des droits de l’homme.
Opposer souveraineté et écologie est un faux dilemme. Il n’existe pas un monde où nous pourrons choisir notre avenir sur l’écologie en étant dépendant économiquement et politiquement des autres pays.
Et l’IA, comme la construction de data centers, fait partie des clés pour rester souverain. Dire “Not in my backyard” (Cf phénomène NIMBY) est un non sens.
Parce que le numérique (et l’IA) c’est aujourd’hui des outils de dominance économique et politique. C’est de plus en plus utilisés dans les guerres cyber, dans la manipulation sur les réseaux, dans les drones qui sont désormais les nouveaux standards dans les guerres d’aujourd’hui. Et je ne dis pas que ce sont des perspectives qui m’enchantent, mais rester à égalité nous permettra de rester plus serein à chaque nouveau coup de folie d’un président étranger qui chercherait à nous nuire.
Mais au delà de cette simple posture défensive, c’est aussi se donner des alternatives.
La souveraineté comme levier de maîtrise et d'exemplarité
La souveraineté sur les datacenters c’est la capacité à**** reprendre le contrôle des infrastructures numériques, combat certes perdu dans la dernière décennie, mais pas de façon définitive.
Reprendre le contrôle, avoir la main sur nos outils c’est nous permettre d’imposer notre mix énergétique (décarboné), nos exigences d'efficacité et nos règles d'écoconception. Chose impossible sur un cloud 100 % américain ou chinois.
La souveraineté et de façon plus large, la puissance économique, c’est se donner les moyens d'imposer des normes (ex. règlementations environnementales) que les marchés étrangers sont obligés de suivre s'ils veulent nous vendre leurs produits. Parce que oui, tant que ça reste attrayant de vendre à un marché de 450 millions d’habitants qui a un bon pouvoir d’achat. Ca nous donne des effets de levier.
Et la souveraineté, ce n'est pas forcément “produire plus”, c'est se donner le pouvoir institutionnel de dire “non” par exemple si un industriel souhaite créer une centrale à gaz pour faire tourner un centre de données, ou d'imposer des plafonds de consommation énergétique.
Par contre, la souveraineté c’est pas juste la puissance industrielle et économique, mais la résilience aux chocs (climatiques, énergétiques, d'approvisionnement). Une souveraineté qui détruit son environnement détruit ses propres conditions d'existence à long terme.
Des déploiements oui, mais pas à cette vitesse
Nous devons reprendre la main sur nos infrastructures. Ca passe par des datacenters en Europe et un développement européen de l’IA pour nous extirper de notre dépendance aux US et à la Chine.
C’est d’ailleurs aussi la conclusion du shift project dans cette vidéo synthèse de 2h qui reprend l’ensemble de leurs travaux récents sur le sujet :
nous ne disons pas qu'il ne faut pas faire d'IA, mais pas dans cette trajectoire de déploiement
Avec notamment une question sur la souveraineté à la fin de la vidéo qui est répondu en deux temps :
- C’est important de réduire notre part d’énergie dépensé à l’étranger, pour des questions de dépendance (mot préféré à souveraineté dans leur cas) mais aussi pour pouvoir imposer nos arbitrages, sur la consommation ou le type d’usage.
- C’est important d’avoir nos propres modèles développé en Europe, et/ou de favoriser les modèles open weight, moins consommateurs
Pour ces raisons, il faut des datacenters en Europe MAIS piloté par des acteurs Européens.
Donc oui, même le shift project le dit.
Maintenant, ça veut dire quoi d’être sobre numériquement ? Et est-ce que tout les grands projets d’investissement Européens sont réalistes ?
Quelle est notre consommation énergétique en Europe ?
Quelle est notre capacité d’augmentation de la production énergétique ?
Quelles sont les projections nécessaires de puissance électrique nécessaire à la construction de datacenters ?
Et surtout, est-ce réaliste ? Quel arbitrage faut-il faire ?
C’est pas une question d’être pour ou contre une technologie, encore une fois je pense qu’on doit créer notre infrastructure. Mais est-ce physiquement possible ?
Des chiffres
C’est bien la théorie mais il nous faut des chiffres.
La consommation électrique actuelle des datacenters en Europe est d’environ 75 TWh/an (soit près de 2,5 à 3 % de l'électricité continentale).
Les projections pour 2030 (sur la consommation) envisage que la consommation des datacenters atteigne de 150 à 170TWh (4.5% de l’électricité produite).
Pour 2035, on envisage 230Twh, soit environ 155Twh supplémentaires par rapport à aujourd’hui.
Première question, est-ce qu’on prévoit d’augmenter de 155Twh notre production d’énergie ?
Il y a un problème de physique. L’augmentation de la consommation prévue est plus forte que l’augmentation de la production.
Côté production : Entre aujourd'hui et 2030, l'Europe prévoit de mettre en service environ 150 à 200 TWh supplémentaires d'électricité décarbonée (solaire, éolien, nucléaire). Ce sera le résultat de chantiers massifs qui mettent des années à sortir de terre.
Côté demande : il y a compétition sur l’usage. l'Europe doit électrifier la voiture (passer au 100 % électrique), l'industrie (décarboner les aciéries) et le chauffage (pompes à chaleur). Les datacenters entrent en concurrence directe pour capter chaque gigawatt décarboné disponible.
Pour bien comprendre :
- Les datacenters à eux seuls réclament +155 TWh sur la même période.
- Mais la transition écologique impose déjà d'alimenter les pompes à chaleur, l'industrie et les millions de véhicules électriques, ce qui absorbe déjà l'intégralité des 50 TWh restants (du scénario le plus optimiste).
Le bilan : Il manque physiquement à minima 50 TWh d'énergie décarbonée en 2030 pour satisfaire à la fois les objectifs du Pacte Vert européen et la trajectoire actuelle du numérique.
Si on va moins vite sur la décarbonation des transports pour financer le numérique, ce sera une erreur fondamentale.
De plus certains lieux sont déjà en énorme tensions sur l’énergie :
- l’Irlande, 20% de sa conso électrique est dédié aux datacenters et a du mettre en place un moratoire de fait (subie) sur la construction de nouveaux centres de données
- Les villes comme Francfort, Londres, Amsterdam, Paris, Dublin sont en tension. Dans certains endroits, on ne peut plus construire de nouveaux logements faute d’énergie disponible.
- en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni), les demandes de raccordement en attente pour les infrastructures énergétiques et industrielles représentent aujourd'hui plus de 500 GW de puissance (soit l'équivalent de plusieurs fois la capacité installée totale de la France).
Sans parler des soucis de raccordement au réseau. En Europe, il faut en moyenne 7 à 10 ans pour renforcer le réseau électrique et raccorder un gros datacenter.
Un projet d'infrastructure déposé aujourd'hui se voit attribuer des dates de raccordement au réseau électrique entre 2032 et 2038 dans plusieurs hubs européens. La demande n'est pas seulement supérieure à la production : elle va 3 fois plus vite que la capacité du réseau à poser des câbles et bâtir des postes sources.
La trajectoire de 230 Twh n’est pas réaliste physiquement.
Donc est-ce que notre réseau peut l'absorber ? Non, et surtout pas à n'importe quel prix, pas en sacrifiant le reste des efforts sur la décarbonation. La France a un atout unique en Europe : une électricité parmi les plus décarbonées du continent grâce au nucléaire et aux renouvelables. Mais notre capacité de production n'est pas infinie. Accepter tous les projets de datacenters de manière aveugle créerait un conflit d'usage direct avec la réindustrialisation ou l'électrification de nos transports.
Il y a donc deux scénarios possibles :
Choix 1, on subit : on peut effectivement refuser ces implantations. Les géants de la Tech créent alors ces capacités aux États-Unis ou ailleurs, parfois en rallumant des centrales à gaz ou au charbon, tout en nous revendant leurs services, en nous imposant leurs conditions, y compris environnementales. L'Europe paie le service, subit l'empreinte mondiale et perd la main
Choix 2, on choisit : L'Europe et la France assument de construire des datacenters sur leur sol, mais comme l'électricité n'est pas infinie, elles utilisent la souveraineté pour arbitrer et rationner.
Il nous faudra de la sobriété numérique. Et être sobre, ce n'est pas refuser de construire des infrastructures chez nous par posture idéologique et morale. C'est utiliser notre souveraineté pour conditionner et sélectionner.
Être sobre et souverain, c'est :
- Rationner l'accès au réseau : Réserver nos capacités électriques décarbonées aux datacenters d'acteurs européens ou engagés sur des usages stratégiques (santé, climat, recherche, industrie), plutôt qu'à la surconsommation de services étrangers récréatifs (oui, on peut se dire que les nudes de Grok et les images à la Ghibli c’est peut-être pas la priorité non ?).
- Imposer des normes environnementales drastiques : Interdiction du refroidissement à eau perdue, PUE performant (rendement énergétique pour faire simple), obligation d'écoconception (par exemple récupération de la chaleur fatale pour chauffer les logements voisins)
- Miser sur des modèles frugaux : Favoriser le développement de modèles d'IA plus petits, spécialisés et "open-weight", bien moins gourmands en calcul.
La surconsommation prévue par les grands de la tech n’est pas une fatalité. Elle repose sur une bulle financière et des tas d’investissements en circuit fermé qui vendent aux investisseurs un plan de croissance. Ce surinvestissement permet de financer des usages à perte, des usages qui ne devraient pas être gratuits (comme Grok dans X par exemple), une multiplicité des modèles frontières, des centaines de softs pour faire la même chose, des tensions sur les resources minières, des tensions sur les composants (Cf la crise de la ram) alors même que certains usages grands public sont déjà adressés. Nous ne trierons pas plus vite nos emails avec Opus 72. La plupart des modèles open source suffisent déjà pour une grande majorité d’usage.
Nous avons déjà réalisé d’énormes avancées sur l’optimisation des couts d’entrainement ou d’inférence. La technologie ne cesse de s’améliorer en efficacité énergétique mais les usages s’intensifient. De nouvelles puces sont apparues, de nouvelles approches algorithmiques ont vue le jour. Il est temps d’empocher nos gains pour investir désormais dans ces pistes là.
J’espère que cette bulle va exploser pour assainir le marché. Mais par contre l’IA ne disparaîtra pas avec la bulle, pas plus qu’internet n’a disparu après l’explosion de la bulle internet en 2000.
Mais j’espère, pour nous, qu’il restera un acteur européen après cette explosion.
Quelle est la trajectoire soutenable ?
Alors, quelle est la limite ? Pour que le numérique reste soutenable et pas un boulet énergétique, l'Europe doit imposer un plafond d'atterrissage.
Au lieu d'accepter les projections à 230 TWh poussées par les géants de la Tech et la bulle actuelle, la trajectoire soutenable pour l'Europe se situe autour de 80 à 100 TWh/an à l'horizon 2030-2035 (soit environ 10 à 12 TWh pour la France, ce qui correspond aux scénarios prudents de RTE). À cette échelle, l'empreinte des datacenters resterait contenue à moins de 3 % de l'électricité européenne.
Ce « budget électricité » de 80 à 100 TWh permet de concilier les deux impératifs :
- Financer la souveraineté : Offrir la puissance de calcul nécessaire pour développer nos propres champions, sécuriser nos données et faire tourner une IA industrielle et scientifique stratégique.
- Préserver le climat : Ne pas siphonner les gigawatts décarbonés dont nos voitures électriques, nos pompes à chaleur et nos usines ont urgemment besoin pour sortir du pétrole et du gaz.
Conclusion
Opposer écologie et souveraineté est une erreur. On ne tracera pas une trajectoire écologique viable tout seul dans notre coin et sans avoir notre indépendance économique et numérique. Mais dans l’autre sens, on ne pourra pas continuer à augmenter nos usages à l’infini sans se heurter au mur des réalités physiques.
Construire des datacenters c’est se recréer de la souveraineté et donc se redonner des choix. C’est pas un chèque en blanc pour construire sans limite. Mais c'est le seul outil politique qui nous donne le droit de dire non, de poser des règles et d'imposer un plafond.
Refuser les datacenters sur notre sol sous prétexte d'écologie est une illusion d'optique. Cela ne fait qu'exporter la pollution chez des voisins au mix énergétique carboné, tout en nous privant des clés de notre avenir. Si nous voulons un monde numérique compatible avec les limites planétaires, nous devons avoir le courage de construire ses infrastructures chez nous, pour avoir le pouvoir d'en dicter les règles.

Écrit par
Software Engineer with more than 20 years of experience. I love to share about technologies and startups

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